En Suisse, il n’existe pas de « licence crypto » unique comme le statut CASP européen : la Suisse ne fait pas partie de l’Union européenne et le règlement MiCA ne s’y applique pas. Une plateforme crypto suisse doit au minimum, en tant qu’intermédiaire financier, s’affilier à un organisme d’autorégulation (OAR) reconnu par la FINMA pour la lutte contre le blanchiment. Selon son activité, elle peut aussi avoir besoin d’une autorisation de la FINMA : licence bancaire, licence FinTech ou autorisation de système de négociation DLT. Pour vérifier un acteur, consultez le registre des établissements autorisés de la FINMA, la recherche de membres OAR et la liste d’alerte de la FINMA. Et gardez en tête qu’un agrément obtenu dans l’Union européenne ne vaut pas autorisation suisse.
Ce guide fait partie de notre dossier sur la liste noire AMF crypto, centré sur la France. Ici, on décortique le modèle suisse, très différent.
La FINMA en bref
La FINMA (Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers) supervise les banques, les assurances, les bourses, les maisons de titres, les fonds de placement et d’autres acteurs financiers en Suisse. Elle est indépendante et repose sur la loi du 22 juin 2007 sur l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (LFINMA).
Pour les cryptos, la FINMA applique une approche « par activité » : elle ne regarde pas l’étiquette « crypto », mais ce que fait réellement l’entreprise. Une plateforme qui garde l’argent de ses clients, une banque qui conserve des bitcoins ou un simple service d’échange ne relèvent pas des mêmes règles.
Le cadre légal crypto suisse
Les lignes directrices ICO de 2018
Le 16 février 2018, la FINMA a publié ses lignes directrices sur les ICO, qui classent les jetons en trois catégories :
| Type de jeton | Définition FINMA (résumée) | Conséquence |
|---|---|---|
| Jeton de paiement | Synonyme de cryptomonnaie, sert de moyen de paiement | Soumis à la loi sur le blanchiment |
| Jeton d’utilité | Donne un accès numérique à une application ou un service | En principe pas une valeur mobilière, sauf fonction d’investissement |
| Jeton d’investissement | Représente des actifs, par exemple une participation | Traité comme une valeur mobilière |
Cette classification reste la grille de lecture de base pour savoir quelles règles s’appliquent à un projet.
La loi DLT de 2020
La loi fédérale du 25 septembre 2020 sur l’adaptation du droit fédéral aux développements de la technologie des registres électroniques distribués, dite loi DLT, est entrée partiellement en vigueur le 1er février 2021 puis entièrement le 1er août 2021. Elle a notamment :
- créé les droits-valeurs inscrits dans un registre électronique distribué ;
- introduit une autorisation de système de négociation fondé sur la TRD (DLT trading facility). La FINMA a délivré la première, à BX Digital, le 18 mars 2025 ;
- clarifié le sort des cryptos en cas de faillite (voir plus bas).
Les obligations d’une plateforme crypto
Une société qui échange des cryptos contre des francs, ou qui les conserve pour ses clients, est en général un intermédiaire financier au sens de la loi sur le blanchiment d’argent (LBA). Elle doit alors s’affilier à un OAR (organisme d’autorégulation) reconnu par la FINMA. Point capital : ces intermédiaires ne sont ni autorisés ni surveillés directement par la FINMA, mais par leur OAR, et uniquement sous l’angle de la lutte contre le blanchiment.
Pour aller plus loin, une entreprise peut avoir besoin de :
- une licence bancaire, si elle accepte à titre professionnel des dépôts du public. Le 26 août 2019, la FINMA a accordé des autorisations de banque et de maison de titres à deux prestataires spécialisés dans la blockchain, SEBA Crypto AG et Sygnum AG ;
- une licence FinTech, qui permet d’accepter des fonds du public jusqu’à 100 millions de francs, à condition qu’ils ne soient ni placés ni rémunérés ;
- une autorisation de système de négociation DLT pour une plateforme de négociation de jetons.
La FINMA souligne elle-même que les obligations d’autorisation des modèles crypto « varient fortement d’un cas à l’autre ». D’où l’intérêt de vérifier le statut exact d’une plateforme, et pas seulement sa nationalité suisse.
Les stablecoins sous surveillance
Dans sa communication sur la surveillance 06/2024 du 26 juillet 2024, la FINMA a précisé son approche des stablecoins : les créances des détenteurs envers l’émetteur sont généralement qualifiées de dépôts bancaires ou de placements collectifs, et la loi sur le blanchiment s’applique presque toujours. Elle a aussi encadré les garanties bancaires utilisées par certains émetteurs pour éviter une licence bancaire, en rappelant que cette protection n’équivaut pas à une licence.
Ce qui va changer : le projet de licences crypto et stablecoins
Le Conseil fédéral a ouvert le 22 octobre 2025 une consultation sur une révision de la loi sur les établissements financiers (LEFin), close le 6 février 2026. Le projet prévoit deux nouvelles catégories d’autorisation :
- les établissements de moyens de paiement, qui remplaceraient la licence FinTech, sans plafond de 100 millions, avec ségrégation des fonds clients, et seuls habilités à émettre des stablecoins suisses ;
- les établissements pour cryptoactifs, inspirés des maisons de titres, pour les services de négociation et de conservation de cryptos, y compris les stablecoins émis à l’étranger.
Selon la fiche du Secrétariat d’État aux questions financières internationales (SFI), le message au Parlement était prévu « au plus tôt » au second semestre 2026. À notre connaissance, début novembre 2026, il n’a pas encore été publié : le régime décrit plus haut reste donc celui en vigueur.
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| Question | Outil officiel | Ce qu’il faut regarder |
|---|---|---|
| A-t-elle une autorisation FINMA ? | Registre « Établissements, personnes et produits autorisés » (finma.ch) | Banque, maison de titres, licence FinTech, système DLT |
| Est-elle affiliée à un OAR ? | Recherche de membres OAR (finma.ch) et liste des OAR reconnus | Le nom de l’OAR et la date d’affiliation |
| Fait-elle l’objet d’une alerte ? | Liste d’alerte de la FINMA | Nom, site, variantes |
| Elle se dit agréée MiCA ? | Registre de l’ESMA | Utile pour l’Union, sans valeur d’autorisation en Suisse |
Le registre public de la FINMA permet de vérifier si une personne, une entreprise ou un produit financier dispose bien de l’autorisation requise. Si une plateforme se présente comme « banque crypto » ou « réglementée par la FINMA », elle doit y apparaître.
La recherche de membres OAR est indispensable pour les simples plateformes d’échange : la mention « membre de l’OAR X » se vérifie en quelques clics. Une plateforme qui ne cite aucun OAR, ou un OAR introuvable, doit vous faire fuir.
La liste d’alerte de la FINMA recense les sociétés et personnes que la FINMA soupçonne d’exercer sans l’autorisation nécessaire. Elle n’est pas spécifique aux cryptos, mais couvre aussi les plateformes crypto non autorisées. Lors de sa conférence de presse annuelle du 21 avril 2026, la FINMA indiquait avoir publié plus de 300 nouvelles inscriptions sur cette liste en 2025, un record.
Pour les placements classiques (actions, ETF, CFD), comparez avec notre guide des brokers suisses. Et si votre question est plutôt « où acheter des cryptos en Suisse », voyez notre guide pour acheter des cryptomonnaies en Suisse.
Les arnaques crypto qui ciblent la Suisse
Les autorités suisses observent les mêmes schémas que dans le reste de l’Europe, avec quelques variantes locales.
- Les faux appels « de la FINMA ». Le 22 août 2025, la FINMA a averti que son numéro de téléphone était usurpé par des escrocs (spoofing). Elle rappelle qu’en règle générale elle ne contacte pas les particuliers, ni par téléphone ni par e-mail.
- Les e-mails de phishing au nom de la FINMA, par exemple de fausses « notifications de remboursement », signalés à plusieurs reprises par l’autorité.
- Les offres de récupération de fonds. Sur sa page consacrée aux exemples d’escroqueries à l’investissement, la FINMA écrit qu’elle ne prend jamais part à des processus ou offres visant à réparer des pertes financières, et que les victimes de ces offres perdent généralement une deuxième fois.
- Les fausses lettres de fournisseurs de portefeuilles. En août 2026, l’Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) a signalé des courriers papier imitant des fournisseurs de portefeuilles crypto et demandant la phrase de récupération : la donner revient à offrir le contrôle total du portefeuille.
- Les plateformes « suisses » sans aucune trace au registre FINMA ni chez un OAR, qui misent sur l’image de sérieux de la place financière. Le schéma rappelle les faux robots de trading et les montages pyramidaux comme OneCoin.
Faillite d’une plateforme : vos cryptos sont-elles protégées ?
La garantie des dépôts (esisuisse) protège les dépôts bancaires jusqu’à 100 000 francs par client et par banque. Elle vise les avoirs en compte, pas les cryptos conservées pour vous.
La loi DLT a en revanche amélioré la situation des cryptos en cas de faillite. Depuis le 1er août 2021 :
- l’article 242a de la loi sur la poursuite pour dettes et la faillite (LP) prévoit la restitution des cryptoactifs au client si le prestataire s’était engagé à les tenir en tout temps à sa disposition et s’ils lui sont attribués individuellement, ou s’ils font partie d’une communauté dont la part du client est clairement déterminée ;
- dans la loi sur les banques, les cryptoactifs remplissant ces conditions sont traités comme des valeurs déposées (art. 16 ch. 1bis LB) et distraits de la masse en faillite (art. 37d LB).
Cette protection dépend des conditions de conservation prévues dans votre contrat. Elle ne joue pas si votre « plateforme » était une escroquerie qui n’a jamais acheté de cryptos.
Victime d’une arnaque crypto en Suisse : les démarches
- Ne faites plus aucun versement, même pour de prétendus frais de récupération, comme le recommande l’OFCS.
- Conservez les preuves : site, échanges, adresses de portefeuilles, transactions.
- Portez plainte auprès de la police locale ou cantonale.
- Signalez l’escroquerie à l’OFCS via son formulaire de signalement en ligne.
- Signalez le prestataire à la FINMA via son formulaire en cas de soupçon d’activité non autorisée.
Ni la FINMA ni l’OFCS ne récupèrent les fonds perdus. Toute promesse de remboursement garanti doit être considérée comme suspecte.
Pour comparer avec les régimes voisins, lisez aussi nos guides sur la crypto en Belgique et la FSMA et sur la crypto au Canada et l’AMF du Québec.
Avertissement sur les risques : les crypto-actifs sont très volatils et peuvent perdre l’essentiel de leur valeur. Une affiliation à un OAR ou une autorisation de la FINMA ne garantit ni la performance ni l’absence de risque. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.
FAQ : crypto en Suisse et FINMA
Quel est le rôle de la FINMA ?
La FINMA surveille les banques, assurances, infrastructures des marchés financiers, établissements financiers et fonds de placement en Suisse. Elle délivre les autorisations, contrôle les établissements surveillés et lutte contre les activités exercées sans autorisation, notamment par sa liste d’alerte.
Que signifie l’abréviation FINMA ?
FINMA vient de l’allemand « Finanzmarktaufsicht » (surveillance des marchés financiers). En français, l’autorité s’appelle Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers ; en anglais, Swiss Financial Market Supervisory Authority.
Existe-t-il une licence crypto FINMA ?
Pas de licence crypto unique à ce jour. Selon son activité, une entreprise crypto doit s’affilier à un OAR (blanchiment) ou obtenir une licence bancaire, FinTech ou de système de négociation DLT. Un projet de loi prévoit de créer des « établissements pour cryptoactifs », mais il n’est pas encore adopté.
MiCA s’applique-t-il en Suisse ?
Non. MiCA est un règlement de l’Union européenne et la Suisse n’en fait pas partie. Un agrément CASP obtenu dans l’Union ne remplace pas les obligations suisses.
Comment savoir si une plateforme crypto est autorisée en Suisse ?
Consultez le registre des établissements autorisés de la FINMA, la recherche de membres OAR et la liste d’alerte de la FINMA. Si la plateforme n’apparaît ni dans le registre ni chez un OAR, ne lui confiez pas d’argent.
Comment contacter la FINMA ?
Par les formulaires et coordonnées publiés sur finma.ch. Rappel important : la FINMA ne contacte en principe jamais les particuliers ; un appel ou un e-mail « de la FINMA » qui vous demande de l’argent est une arnaque.
Mes cryptos sont-elles couvertes par la garantie des dépôts ?
Non. La garantie esisuisse porte sur les dépôts bancaires jusqu’à 100 000 francs par client et par banque. Les cryptos conservées par une banque ou un prestataire peuvent toutefois être distraites de la faillite si les conditions de la loi DLT sont remplies.